18.08.2008
Tout le monde lit le China Daily
Inloupable. Vous descendez au petit-déj, il est déjà là, à l’accueil du village des Médias. Vous entrez en compétition, il trône à l’entrée des tribunes presse. Un café une fois l’article envoyé du MPC, le centre des médias? Il vous attend toujours, même en fin de journée. Le China Daily, principal quotidien officiel en langue anglaise, est disponible gratuitement sur le chemin tracé en pointillés pour les journalistes accrédités.
Et souvent sans s’en rendre compte, les 21.000 journalistes du monde entier lisent la presse du parti pour laquelle, en temps normal, ils montrent la plus grande méfiance.
Seulement 10.000 exemplaires gratuits en plus
Le China Daily, tiré d’habitude à 200.000 exemplaires, a prévu 30.000 quotidiens de plus chaque matin pendant les JO. «Un tiers seulement de ces numéros supplémentaires sont gratuits», affirme M.Zheng, le directeur adjoint des tirages. Reste que les Jeux, c’est un bon moyen pour le quotidien officiel de lisser, normaliser son image auprès de la presse mondiale.
Honnêtement, son cahier sport est bien pratique – son récapitulatif des médailles du jour a permis, même aux meilleurs journalistes sportifs, de ne louper aucune compétition majeure. Les Chinois font souvent la Une, mais 1/ admettons aussi que les athlètes au drapeau rouge squattent souvent les premières marches des podiums depuis bientôt dix jours ; 2/ regardez un peu les gros titres de l’Equipe, on n’y voit que du bleu-blanc-rouge.
Des titres toujours très positifs
La maquette est calquée sur les quotidiens respectables anglo-saxons, la logorrhée communiste effacée pour plus de subtilités. Et le China Daily traite de tout, avec une apparente liberté de ton. Un peu de société chinoise (aujourd’hui, vous apprenez que les membres des comités de quartier –les volontaires retraités- ne sont plus les garde chiourme de l’époque de la Révolution culturelle), de politique (le premier ministre Wen Jiabao est dans la province musulmane du Ningxia) et beaucoup d’économie.
A cette période où les sponsors des Jeux distribuent à leurs clients du monde entier des billets pour assister aux épreuves, il est d’autant plus important de parler d’économie d’un point de vue chinois en langue anglaise. Après tout, l’économie, c’est ce qui fait essentiellement tourner le pays.
Or le cahier business a sa stratégie: présenter d’un bloc la Chine-vitrine. Je cite les titres d’aujourd’hui: «Pot of Gold: Les athlètes [chinois] nouveaux-riches montrent jusqu’où l’économie a évolué», « Maximizing returns: Depuis 1978, plus d’un million de Chinois ont étudié à l’étranger et vont jouer un rôle-clé dans le futur du pays alors que l’économie est en pleine croissance».
Deux pages entières sur les énergies renouvelables – mais rien sur les mines de charbon. Et les deux articles du jour sur l’entrepreneur local et sur l’entreprise étrangère implantée, une habitude prise depuis le coup d’envoi des Jeux. Aujourd’hui, une star de l’acier et des compliments pour la stratégie marketing de Procter&Gamble. Je vous rassure, il y a quelques jours, Carrefour y a eu droit.
Tout cela n’est pas faux, mais déjà un journal de "bonnes nouvelles", le China Daily l'est encore plus pendant les Jeux. Bien sûr, ça doit paraître suspect au journaliste occidental. Mais ne peut-il pas malgré tout avoir à l’usure le journaliste qui, soyons francs, n’a pas tellement le temps de sortir de l’enceinte olympique?
Caroline Dijkhuis, Correspondante en Chine
12:12 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : jo2008, journaliste, chinadaily
17.08.2008
Le parc olympique, première destination touristique des Pékinois
Enfin, des Pékinois exaltés par les Jeux! Hier, entre la piscine et le hall d’escrime, je croise un jeune homme les cheveux en pétard, habillé en tout et pour tout de deux drapeaux chinois recousus. Mais autant d’étoiles – dix en tout -, et la coiffure, ça lui donne une allure clownesque. Et un peu d’air de fête, ça fait du bien, car ça n’est pas dans le ton de la Chine de ces derniers mois.
Il y a un an, je pensais vraiment que tous les «laobaixing», les Chinois moyens, auraient fêté comme il se doit les JO qu’ils attendent depuis 2001. C’était sans compter les autorités de la sécurité, qui une fois les émeutes au Tibet passées, ont sauté sur l’occasion pour renforcer la surveillance dès le printemps… quitte à gâcher la fête. Mais dans l’enceinte du village olympique, tout est fait pour que les spectateurs chinois puissent s’amuser.
L’épreuve et ce qu’il y a autour
Dans les stades, ils se lâchent. Autocollants, maquillage, étoffes brandies à bout de bras, les drapeaux rouges sont partout… ils dansent au rythme des «Jia You !» (littéralement «Allez!») Tous ne sont pas des supporters à la solde du parti, en tous cas pas aux épreuves phares…
Ici, lorsqu’on a réussi à avoir un billet, c’est tout un événement. On pose une journée de congés, d’abord, car il est hors de question de se contenter de l’épreuve programmée pour quelques heures.
Avec un billet pour le jour-même, on a le droit exclusif d’emprunter la nouvelle ligne de métro, la 8, dont les 4,5 kms inaugurés le 19 juillets, sont surnommés «ligne olympique». Ceux qui s’arrêtent à l’arrêt forêt olympique au nord du site doivent faire demi-tour sous le cagnard: la forêt n’est pas ouverte au public pendant les Jeux. Mais rien que de longer les grilles de ce site dont les médias officiels ont tant parlé (vous pensez, un immense parc de 500.000 arbres, 100% artificiel, construit en deux ans), ça met en jambes.
Comme au parc d’attraction
En redescendant vers les pavillons des sponsors, on applaudit: une parade des mascottes! Des centaines de jeunes gens se trémoussent déguisés en Beibei et consorts, derrière cinq chars d’un ton très Disney.
A gauche, l’écran géant Samsung et une mini-pelouse, sur laquelle des «ayis» («tantes») d’une cinquantaine d’année tentent de comprendre le beach-volley et ces joueuses en bikinis. A droite, Kodak fait un carton en proposant de tirer gratuitement sur papier vos clichés du jour. Un peu plus loin, l’exposition géante d’Adidas convainc le laobaixing que la marque à trois bandes a développé des produits rien que pour les Jeux de Pékin. Un dernier souvenir avant de partir, on pose devant le Cube d’eau qui s’éclaire à la nuit tombée.
Comment ça, vous, vous ne trouvez pas ça folichon? Avec ses saucisses sous vide, ses petits drapeaux des mascottes, et ses dizaines de kilomètres à parcourir, le village olympique est tout simplement digne d’un grand parc d’attraction chinois. Les touristes étrangers se plaignent du faible choix dans la restauration et les animations? Oh là là, ils chipotent… Les touristes Chinois, eux, pensent que le village olympique, c’est la destination de l’année!
Caroline Dijkhuis, Correspondante en Chine
11:19 Publié dans La Chine des Jeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jo2008, village olympique, touriste
16.08.2008
Le BTP, c’est plus ce que c’était!
Si Jacques Roggue le dit, c’est que c’est vrai. Il n’avait jamais vu d’installations olympiques aussi bien réussies. Moi non plus, mais normal, ce sont mes premiers Jeux. En revanche, le BTP chinois, je connais un peu… et selon moi, Jacques Roggue pourrait même aller plus loin: on a rarement vu des infrastructures aussi réussies en Chine.
Le Nid d’Oiseau est impressionnant d’esthétisme et de fonctionnalité. Il a coûté cher, 350 millions d’euros, mais il fallait bien ça. Je passe les détails techniques, les 91.000 places, les 45.000 tonnes d’acier… les professionnels ont même été impressionnés par la qualité des sols – améliorés à nouveau fin juin. Moi j’ai été surprise par le design intérieur, le rouge mat le long des couloirs intérieurs couverts, la signalétique très originale, ce qui est extrêmement rare pour un bâtiment public en Chine. Pas étonnant en tous cas qu’il devienne un vrai symbole national, ils peuvent en être très fiers!
Idem pour le Cube d’eau, qui mérite même qu’on l’appelle un peu pompeusement l’Aquacube, avec son socle en marbre blanc posé à même un petit bassin, et ces grosses alvéoles-bulles qui s’éclairent la nuit et font pousser des «oooooh!» et des «aaaaaah!» aux Pékinois qui viennent se faire photographier devant la nuit tombée.
De la qualité pour les sites des JO, des retards en ville
Franchement, moi qui était habituée aux appartements construits en un temps record, certes, mais qui se délitent en un temps tout aussi record aussi ici, aux vieux immeubles à la mode soviétique de Pékin, où tous les murs des appartements sont peints en vert d’eau uniforme, une exigence qui date des années 70… ou pour taper dans une comparaison plus juste, aux deux stades de Shanghai qui sont d’un classicisme déconcertant, je me suis dit, pour les JO, le BTP chinois, c’est plus ce que c’était!
Bon, il y a tout de même pas mal de retards dans les chantiers, mais on en entend moins parler qu’à Athènes, car ça concerne des sites du centre-ville, et non des JO.
La tour de la télévision, le caleçon comme l’appellent les Pékinois, n’ouvrira que l’an prochain. Seuls quelques bureaux ont été terminés car, pour l’honneur, le directeur voulait que les 3.000 journalistes de la chaîne olympique travaillent dedans pendant les Jeux.
En juillet, j’ai vu des centaines de façades se faire hisser à la va-vite, et il y a trois semaines, tous les chantiers ont été couverts par des bannières «One World, One Dream» ou des photos géantes d’athlètes chinois. Et tous ceux ici présents vous le diront, il y en a des bannières!!!
Bref, ils n’ont pas réussi à bannir les grues au 1er janvier, comme ils l’avaient promis (encore une promesse…), mais bon, les préparatifs de dernière minute ont permis de cacher tout ça.
Moins de «finitions» pour les sites Made in China
Sur les douze sites construits intégralement pour les JO, seuls deux – les sus nommés- ont été confiés à des cabinets étrangers. L’architecte Ai Weiwei, qui a dessiné le Nid d’Oiseau pour le cabinet d’architectes suisses Herzog et de Meuron, m’avait prévenue: il ne fallait pas s’attendre à une originalité folle des architectes pékinois pour les dix autres sites. Oh, j’ai trouvé qu’il avait un peu exagéré. Les formes sont parfois étonnantes… Un puits de lumière qui tombe sur les tables de ping-pong par exemple, c’est pas mal.
Jusqu’à ma visite hier dans le gymnase, inauguré il y a une semaine. Les marches d’un grand escalier en marbre noir sont déjà cassées, ou en train de s’effriter. Les toilettes ont apparemment été rajoutées sur des toilettes à la turques installées à l’origine… une drôle d’installation de céramiques, croyez-moi! Au Hall d’escrime, plus d’une porte ne ferme plus non plus dans les salles d’eau. Et le soir même, j’apprenais qu’une énorme plaque de verre de la façade du gymnase, de 2 mètres sur 5 mètres est tombée de 20 mètres de haut directement devant une porte d’accès. J’ai eu chaud!
Caroline Dijkhuis, Correspondante en Chine
17:42 Publié dans La Chine des Jeux | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note











